Retour sur les bancs.

Publié le par mada.mitsabo

Jeudi 13 janvier

Le programme de l’après-midi sera un peu différent aujourd’hui ! Me voilà en route, sac sur le dos, casquette sur la tête, arpentant le chemin avec mes nouveaux camarades, direction… l’école ! Rassurez-vous, non pas que les bancs de l’école me manquent, (ôh non non hein…), mais j’étais impatient de répondre à l’invitation de Raymond (un des instituteurs) et venir m’immiscer quelques heures dans une
petite école malgache.

illu65Je dois avouer avoir mis du temps à comprendre comment s’organise la scolarisation des enfants de cette vallée, mais j’ai fini par y arriver ! Distinguez d’abord l’école publique, et l’école privée. La publique, possède deux petites salles, une à Andonaka, et une autre dans le village de Vohilemaka. A ce jour, je n’ai encore jamais vu ces deux écoles ouvertes. Les instituteurs sont payés par l’état. L’école privée, ce sont les établissements gérés par l’association marseillaise (qui gère aussi le dispensaire) qui a fait construire 3 bâtiments entre 1999 et 2009. Dans cette école dite privée, il faut distinguer 2 entités. Il y a tout d’abord l’Ecole Verte, répartie dans deux établissements. Le premier établissement se trouve dans le village d’Andonaka, et comporte deux classes. La classe de 12ème et 11ème (qui correspond à la grande maternelle et le CP de chez nous), de Mija, l’institutrice, et celle des 10ème et 9ème  (CE1-CE2) de Ruphin, le mari d’Irène, ma collègue infirmière. Tout le monde suit ? Mais aujourd’hui, je passe mon après-midi dans l’autre établissement de l’Ecole Verte, à 15 minutes à pied d’Andonaka, dans le village de Vohilemaka (non loin de l’école publique). Là se trouve la classe d’Emile, c’est le directeur de tous ces établissements, mais c’est aussi l’instituteur en charge des 8ème et 7ème (CM1-CM2). Arrivés à ce niveau d’étude, les élèves terminent leur année par l’Examen Général (commun aux écoles publiques et privées). Si les élèves l’obtiennent, ils ont la possibilité d’aller au collège d’Ambalavo (la ville la plus proche, soit à plus 60km d’ici), mais ceci nécessite de payer des frais de scolarité plus élevés et un pensionnat. D’autres, ayant obtenus l’Examen Final avec un faible score, ou ne souhaitant pas poursuivre de longues études (ou n’ayant pas les moyens financiers requis pour les poursuivre), seront orientés au Centre de Formations Techniques du Tsaranoro. C’est le 3ème bâtiment géré par l’association, et il se trouve juste en face de la classe d’Emile, à Vohilemaka. Le CFTT se compose de 2 niveaux (1ère et 2ème année) répartis dans 2 salles de classe accolées. Il est pris en charge par 2 professeurs qui enseignent chacun dans les 2 claillu66sses : Raymond qui se charge de l’enseignement des matières générales (que j’avais déjà rencontré il y a quelques jours), et Jean-Marie (mon guide lors de ma visite des villages) en charge des matières agricoles. Cette école, comparable au BEP de chez nous, enseigne aux filles et garçons, le nécessaire en agriculture, élevage, broderie, environnement… et obtiennent un diplôme en fin de formation. Bon, voilà pour l’explication du système scolaire de la vallée : Il y a l’école publique (où je n’ai pas de contact jusqu’à présent) et l’école privée gérée par l’association, qui comporte l’Ecole Verte (répartie dans deux villages), et le CFTT. Les parents choisissent donc l’école où iront leurs enfants en sachant que l’école est obligatoire jusqu’à 14ans, l’Ecole Verte et le CFTT demandant des frais d’inscription de 500 Ariary par mois (soit moins de 0,20€) et par enfant, dégressifs à partir du 3ème enfant. Il semblerait que des frais d’inscriptions soient aussi demandés dans l’école publique.

Je me dirige donc vers Vohilemaka, en empruntant un petit raccourci que l’on m’a très gentiment conseillé. On a juste oublié de me préciser qu’à cette période de l’année, le sentier passait par des rizières (je me méfierai dorénavant des gentils conseils…). Je me retrouve donc bloqué, par des rizières gorgées d’eau. Je tente tout de même de progresser dans la direction de l’école, en marchant habilement, tel un funambule du dimanche, sur les étroits rebords des rizières. L’inévitable arrivant forcément, me voilà en deux temps trois mouvements lancé dans une pirouette digne des plus grands numéros de cirque (ou d’un Pierre Richard en grande forme si vous préférez), finissant par je ne sais quelle acrobatie,  les deux pieds dans une épaisse boue marécageuse. Chic, en retard pour mon premier jour d’école… ma culotte courte toute tâchée, je parviens tant bien que mal à rejoindre le chemin. Je profite d’une rivière pour me débarrasser de l’épaisse couche de boue qui commence déjà à rigidifier mes orteils, et arrive tout pile à l’heure, devant le CFTT.

illu75Il est 14h, les élèves sont déjà en salle. Raymond me fait entrer dans sa classe. Tous les élèves se lèvent, et s’exclament en cœur dans une intonation parfaitement synchronisée : « BOOOOOOooooooOOOOOnzzooooour moooonsssieuuuuuuuu ! » Je réponds, un peu surpris, par un discret bonjour. Raymond me présente aux enfants puis leur demande de s’assoir, sur quoi les élèves répondent : « MEEEEEEEEEEEEEEEEeeeeeEEEEEEerciiiiii moooonsssieuuuuuuu ! » et s’assoient. Surprenant ! Entre timidité et curiosité, les élèves semblent intrigués par ma visite. Ca rigole, ça chuchote discrètement quelques mots à son voisin de derrière… je me sens observé de la tête aux pieds. Ils doivent bien rigoler avec mes taches de boue partout… La salle est de taille moyenne, très vétuste. On y trouve un grand tableau noir et quelques craies, une simple table et une chaise sur l’estrade (c’est le bureau du maitre) et des vielles tables d’école en bois, celles où sont fixés les bancs, alignées en 2 rangées. Au mur, aucune carte, aucun dessin, aucune horloge, juste quelques fenêtres qui permettent de faire traverser le vent de la vallée, et rendre l’atmosphère supportable. Je me dirige tout naturellement vers la table du fond qui est libre - comme un vieux réflexe - mais je ne vois aucun radiateur. Je m’assois, discrètement, je sors mon carnet, mon stylo… et je me sens toujours autant observé. Je crois qu’ils vont avoir du mal à se concentrer cet après-midi… Le cours commence. Cet après-midi, c’est un exercice de correction de mathématiques. Un par un, les élèves passent au tableau, écrivent la question que Raymond lit à haute voix, et doivent répondre à la question. Le cours est en français. L’avantage d’enseigner dans cette classe, c’est le nombre d’élèves qui s’y trouvent : ils sont 7 dans cette classe (âgés de 12 à 18ans), et 8 dans l’autre niveau. (Là j’en vois déjà sortir leur demande de mutation ! mais sachez quand même que le salaire moyen d’un instituteur à Madagascar est de 70 €). Les corrections s’enchainent, et je dois avouer que la manière dont sont énoncés les problèmes me semble assez complexe. Les maths n’ont jamais été mon fort, ça c’est connu, mais quand même… Je ne suis pas persuadé que les ¾ des élèves comprennent ce qu’ils sont entrain de corriger, hormis, l’intello, (y a toujours un intello qui répond à toutes les questions dans une classe, c’est dingue ça !) sauf qu’ici, il n’a pas de lunettes.

15h30, l’heure de la récré a sonné. Enfin… Raymond a regardé son téléphone portable pour y lire l’heure. J’en profite alors pour me rendre dans l’autre classe, de l’autre côté de la cours, chez Emile. Zut j’ai loupé son cours de biologie en Français (la grande majorité des cours sont donnés en français), ça sera donc un cours sur l’histoire malgache, donné en langue malgache, normal. La salle est un peu plus grande, et les tables sont alignées en 3 rangées. La différence, avec la classe de Raymond, c’est le nombre d’élèves. Aujourd’hui, ils sont 50, pouvant aller certains jours, jusqu’à 59. Qui voulait demander sa mutation à Madagascar ? Et pour faire rentrer tout ce beau monde, et bien, il suffit de mettre 3 enfants, sur des bancs prévus pour des tables à deux ! Le cours se déroule plutôt calmement, Emile recopie de son cahier une leçon sur l’indépendance de Madagascar. Les titres en bleus, le texte en blanc, les mots ou dates importantes en rouge. Du côté des élèves, tout le monde s’active pour recopier la leçon dans son cahier d’histoire. Et c’est une vraie fourmilière cette classe, il faut répondre aux questions que pose Emile, recopier ce qu’il écrit sans trop trainer, et trouver les couleurs qui correspondent à celle de la leçon écrite au tableau ! Et c’est tout un sport, les enfants étant très peu dotés en fournitures scolaires, il s’agit de récupérer une règle ou le stylo rouge au moment ou chacun en a besoin… alors chacun se sert chez le voisin de devant, ou de derrière, à gauche, à droite… J’imagine qu’un stylo de couleur commençant à la première rangée, se trouvera aisément au fond de la salle à la fin du cours !illu78

Il est 16h30, le cours se termine. Un grand nombre d’élèves n’a pas encore terminé de recopier la leçon du tableau, ce n’est pas grave ils sortiront quand ils auront fin. Emile range ses affaires, et s’en va, laissant une bonne dizaine d’élèves dans la salle. Et quand je lui demande s’il n’attend pas que les élèves terminent pour fermer la salle, il m’explique que non, c’est eux qui ferment l’école à clé quand le dernier a terminé, et c’est le responsable de classe qui garde la clé jusqu’à demain. Le midi, c’est pareil. Certains élèves habitant à 6km de l’école, ils mangent leur repas de midi à l’école, qui reste ouverte, sans surveillance. « Ca les responsabilise ! » me dit Emile. Certes… en attendant, voilà un fonctionnement original, de quoi empêcher toute heure sup !
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Et me voilà de retour vers le Camp Catta, en prenant bien le bon chemin cette fois-ci. Retourner sur les bancs de l’école est une expérience qu’il faut vivre ! On se rappelle forcément des souvenirs, des règles et des codes oubliés… C’est un merveilleux voyage dans le passé. Mais d’avoir vécu ça ici, donne une dimension encore bien particulière. J’imagine que l’enseignement que j’ai pu voir aujourd'hui doit être très ressemblant à l’école d’il y a encore 40 ans. Il ne manquait que les encriers sur la table, et les élèves en uniforme. C’est aussi marrant de voir qu’un enfant, qu’il soit français ou malgache, évolue de la même façon quand il est à l’école : il se laisse dissiper par la moindre occasion, il bavarde, fait tomber 3 fois son stylo, lève le doigt quand il ne faut pas… il y a l’intello, la bavarde, le dormeur, celui qui fera une grimace quand le maitre se retourne, celui qui sera toujours à la traine… des écoliers comme tous les écoliers du monde entier. L’instituteur, lui, est encore respecté et reconnu de tous et joue un rôle plus que fondamental dans le devenir de ces enfants. Que de belles leçons pour un après-midi. 

Publié dans Les news du projet

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Annie 28/01/2011 19:21


Pour la place au fond, je confirme !!!!! Par contre je découvre tes talents de narrateur. J'en parle même aux étudiants. Actuellement cinq étudiantes de deuxième année sont à Mada pour le stage de
module optionnel.