Le nouvel an malgache.

Publié le par mada.mitsabo

31 décembre suite.
Une longue journée qui n’est pas prête de se terminer, ce soir c’est le nouvel an malgache. Je profite de ma chambre d’hôtel et de son confort minimum pour me rafraichir et me reposer un moment. Je loge à l’hôtel Mahamanina « C’est comme chez soi » dit le slogan. Il est vrai que depuis le décollage, les heures de sommeil ont été rares, et les tentatives de siestes dans la voiture de Lambert ont vite été mises à court, en raison des freinages réguliers un peu trop brusques à mon goût. Une petite sieste fera du bien.


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A 18h, la nuit commence déjà à tomber. La température y est agréable, un petit vent venant chasser la chaleur. Le ciel est dégagé, pas de nuage en vue, il ne pleuvra pas ce soir, me dit-on. Je décide alors d’aller faire un petit tour dans la ville, pour me trouver à manger.
Fianarantsoa (ou Fiana) fondée en 1830, est considérée comme une petite ville. Elle signifie « la ville où l’on apprend le bien ».
Je discute avec Jules, un des employés de l’hôtel, qui m’invite à m’assoir à ses côtés (faut dire que l’hôtel est quasi vide, alors
niveau boulot, il doit se faire un peu chier). Jules est malgache originaire du sud-ouest de l’île. Il est venu ici pour travailler de
nuit dans cet hôtel. Il a étudié le droit à Tana, mais n’y a jamais trouvé de travail. « Ce qui est dommage à Madagascar, m’explique t’il, c’est d’avoir avoir appris le droit à l’université, alors qu’il est très rarement appliqué, et que le seul moyen de percer dans cette branche (par exemple obtenir un concours de greffier comme il l’aurait souhaité) c’est d’être pistonné ». Il est donc revenu à Fianarantsoa pour trouver un travail dans cet hôtel, la vie étant bien moins cher ici que dans la capitale. Nous discutons alors de sa vision de la France. C’est toujours intéressant de voir à quel point le mode de vie des pays européens peut faire rêver. Il résume son idéologie par « Là bas, vous avez tout ». Je tente alors de lui expliquer qu’il est vrai que nous n’avons pas à nous plaindre. Nous avons tout le nécessaire vital, un système de santé unique… mais pourtant...  tout n’est pas si merveilleux comme tu le crois. Ce qui me frappe le plus, c’est qu’ici, quand je marche dans la rue, les gens sourient. Chez moi, quand je marche dans la rue, les gens rasent les murs car ils ont peur, ils ne disent pas bonjour, et font la tête. Alors finalement, avons-nous vraiment tout ce qu’il faut ? ou avons-nous bien trop, au point d’en oublier l’essentiel de certaines valeurs ? Il rigole, mais ne semble pas entendre ce que je lui raconte. « Oui mais chez vous, vous avez des châteaux, où les gens vivent dedans » Je ne sais pas d’où lui vient cette image, mais probablement. Il y’a des gens riches partout.
Et chez toi comme chez moi, il y’a des gens riches qui ont toujours plus, et des gens moins riches à qui l’on prend toujours plus. Il rigole à nouveau, et semble admettre. Il me parle ensuite de l’ancien président du pays, probablement l’homme le plus riche de Madagascar, et selon lui, probablement plus riche que le plus riche homme de France. Je lui explique que chez nous, le plus riche homme du pays, est une vielle femme, et qu’il s’agit de l’ancienne PDG d’une grande marque de crème de beauté. Etrangement, il semble bien au courant de l’affaire Bettencourt, comme d’ailleurs, de la grève des infirmiers anesthésistes il y’a quelques mois en France. Je suis bluffé !

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Me voilà donc parti vers le centre ville, où se prépare la fête du nouvel an. Les trottoirs sont poussiéreux, un lampadaire sur deux produit de la lumière, les chiens errants se courent après, les voitures roulent sans lumière, sans doute pour économiser la batterie.
Je dois avouer ne pas être trop rassuré de me promener seul dans cette ville que je ne connais pas, même s’il l’on ma garanti que je ne n’ai aucun soucis à me faire. J’ai bien écouté les conseils que m’a donné Jules, pour ne pas attiser les convoitises et passer le plus inaperçu possible. J’ai donc rangé ma montre dans ma poche, et me suis résigné à laisser mon appareil photo dans la chambre d’hôtel. Par contre, je reste blanc. Je descends la grande rue joignant le centre au son des klaxons et autres brouhahas citadins. Des petits stands de nourriture bordent les rues, et proposent de la viande cuite, des épices, des pâtes ou encore des sandwichs. Tout le monde semble se diriger vers le centre. Ne sachant pas vraiment où il se trouve, je suis le mouvement. Une petite fête foraine à été montée pour l’occasion sur une des places du centre. Quelques manèges de fortune sont là pour les enfants, ainsi que des stands de jeu type kermesse. On y joue au loto, aux cartes, et aux jeux d’argent pour les plus grands. Un peu plus loin, une scène de musique a été montée avec quelques poutres et des planches, un groupe de musique se prépare à jouer. Les balances mettent en évidence quelques problèmes de réverbe, mais qu’importe, le concert commence ! Un groupe local sans doute, aux rythmiques et sonorités africaines. La foule commence à se faire dense, et très vite les enfants se mettent à danser devant la scène, les adultes ne tardant pas à les rejoindre. Moment de fête, en toute simplicité, que je prends le temps de savourer. Je regrette déjà d’avoir laissé mon fidèle Canon dans la chambre, et de ne pas pouvoir immortaliser certaines scènes. Tant pis, ce moment restera dans ma tête.


La fatigue se fait toutefois sentir. Je décide donc de m’éclipser et de rependre le chemin de l’hôtel. A cet instant précis, et après avoir bien observé toute cette foule autour de moi,  un détail m’interpelle. Je suis le seul blanc. Et en y réfléchissant bien, je n’ai croisé aucun homme blanc de toute la soirée. Je me demande alors si finalement, je suis le bienvenu dans leur petite fête. J’ai du mal à définir ce que je ressens. Malgré quelques regards curieux et quelques rires pas très discrets de la part des petites malgaches, ce n’est pas de la peur que je ressens. Ni de la panique. Je me sens juste très seul, dans toute cette foule immense. C’est simplement la première fois que je me retrouve dans cette situation, un sentiment que je n’avais encore jamais rencontré auparavant mais que je suis finalement bien content d’avoir vécu ici.


A mon retour à l’hôtel, Jules est là avec un autre employé, un verre à la main. L’heure de minuit a sonné. Sans compte à rebours, sans hypocrisie, sans liste barbante de vœux que finalement personne ne respectera. Juste une tape sur l’épaule et un « Bonne année mon ami ! ».
« Bonne année Jules »


Du bonheur.

Publié dans Les news du projet

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