En route vers le Sud.

Publié le par mada.mitsabo

31 décembre.

Il fait nuit, les criquets chantent, une petite bise chaude vient nous accueillir sur le tarmac. Pas de doutes, nous ne sommes plus en France ! « Bienvenue à l’Aéroport d’Antanarivo ». Pas de soucis pour passer le contrôle de police, ayant déjà fait faire mon VISA à l’ambassade de Genève, il suffisait d’y rajouter un tampon avec la date. La récupération des bagages quand à elle, aura duré presque une heure, voir plus pour les moins chanceux du vol. Dernière étape, le passage de la douane, qui s’est heureusement passée sans entourloupe. J’ai présenté mon attestation de mission humanitaire avec mon plus beau sourire, une boite de gâteau sous le bras à offrir au cas ou l’agent commencerait à rechigner… c’était ma crainte numéro une, mais finalement, il me laisse passer malgré sa demande de précision sur quel type de matériel je transportais. Et me voilà sur le territoire malgache, prêt à être récupéré pour rouler vers le Sud. ! C’est partiiiiii !!! Prêt, sauf que oui, mais voilà, comment dire,  après avoir fait 3 fois le tour du hall central, personne ne m’attend. Le transport privé que j’avais organisé, devait-être là à 5h. C’est plutôt con ca, j’ai beau regarder tous les cartons qu’agitent tous ces gens, mais sur aucun n‘y est mentionné mon nom. Pas de panique, un petit retard ca arrive, je m’assois tranquillement à l’extérieur, où le soleil commence déjà à se lever. Une demi-heure passe…, 45 minutes, puis une heure…. Je me décide à appeler le numéro de téléphone de Joe, le contact sur Tana qui est sensé me récupérer. Impossible de le joindre, boite vocale. Soit. Que reste-t-il à faire ? Consulter mes mails pour voir si je ne me suis pas trompé de jour? Aucune borne internet dans l’aéroport. Prendre un taxi pour la ville et me débrouiller seul pour le transport? Prendre le prochain vol retour pour la France ? No stress, no panic, no ulcère please. Puisons dans les conseils que l’on a pu me donner pour la préparation de se périple (qui, vous l’aurez remarqué, commence plutôt bien…). La patience. On me l’a répété à plusieurs reprises : « Surtout surtout, à Madagascar, ne soit jamais impatient ! » Je décide donc de me rassoir sagement dehors sur un banc et de profiter des premiers rayons de soleil. De toute façon, avec tout mes sacs, je ne peux passer inaperçu, quelqu’un finira bien par s’inquiéter.

illu8Et voilà que 2h plus tard, une personne vient vers moi, c’est Joe. Vous n’imaginez même pas l’élan de joie qui m’envahit à cet instant, il était impossible pour moi d’envisager de faire 500km de route entassé dans un taxi brousse avec mes 60kilos de matériel. Joe m’explique que le véhicule qu’il avait initialement loué, a eu un gros accident hier. Il a donc du se débrouiller ce matin pour en trouver un autre. En fait, il aurait pu me raconter  n’importe quoi d’autre tellement j’étais content de voir quelqu’un. Joe est un guide de l’agence Madamax, qui m’organise le voyage vers le dispensaire. Il est accompagné de sa fille de 5ans, Fanella, et du chauffeur « Lambert, comme Christophe Lambert » me dit-il très fièrement. S’il savait…

Joe et sa fille ne m’accompagneront pas jusqu’à Fianaranstoa où je dois passer la nuit ce soir, nous les déposons à Tana, et récupérons en échange la femme de Lambert, avec qui il passera le nouvel an dans sa famille. Antanarivo se trouve à une vingtaine de kilomètres de l’aéroport. Nous prenons la route, sacs chargés sur le toit, fenêtres grandes ouvertes. Le véhicule est un minibus Nissan rouge, véhicule très courant sur la grande île, la seule différence à noter, c’est que je suis le seul « touriste » à bord. D’habitude ces minibus se remplissent au moins à 10 personnes. Petit descriptif rapide des équipements : clignotants inexistants, ceintures disparues, pneus aussi lissent que la chambre à air qui sert de ferme-portière, extincteur (quand même ? me direz vous) mais sans l’embout de pression… bref c’est complètement irréel. Pourtant c’est dingue comme, à partir du moment où l’on est plus chez nous, on a cette capacité étonnante à faire totale abstraction de nos réflexes hypra-sécuritaires, en accordant une parfaite confiance au véhicule et au chauffeur qui nous transportent. Pour couronner le tout, une cassette de reggae mise à fond par Lambert rajoute une dimension supplémentaire à cette scène irréelle. Lambert me fait comprendre qu’assez trainé, maintenant il faut partir. Yo man, alors c’est parti pour 500km de route goudronnée !

illu9Quelques kilomètres plus loin, je devine qu’un autre voyageur est à bord du véhicule. Des petits miaulements très réguliers et perçants, m’incitent à tendre l’oreille vers le fond du véhicule. Il s’agit bien d’un chaton, -enfin j’imagine- enfermé dans un petit panier délicatement recousu. Je ne peux donc pas voir l’animal, mais je reconnais bien là le miaulement d’un petit fauve effrayé, ce qui me rassure au plus au point, j’imaginai déjà aider Lambert à changer la courroie de la voiture… Je n’ai par contre pas osé demander s’il nous le servira le félin pour le repas de midi.
Au fur et à mesure que nous progressons vers le sud, nous traversons une multitude de petits villages et de vallées. Les hauts plateaux que nous parcourons un par un sur la nationale 7, me donnent déjà un bel avant goût de la variété des paysages que recèle cette île. Je n’ai d’ailleurs, à aucun moment, la moindre impression d’être sur une île. Il y’a d’abord les bidonvilles de la capitale, qui s’étalent dans un incroyable mélange de couleurs, contrasté par les déchets plastiques et le rouge vif de la terre utilisée pour la fabrication des briques. Je reste épaté par la verdure si intense de la végétation qui m’entoure. Peut être en raison de la saison des pluies qui commence, mais aussi de l’altitude de ces plateaux (la capitale se trouvant à 1400m) rendant le terrain un peu moins aride. Il y’a aussi de très nombreuses rivières et étangs, puis des zones plus rocheuses, me rappelant certaines vallées corses.

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Quelques heures plus tard, une forte odeur d’essence m’inquiète un peu, je m’aperçois que du liquide s’écoule d’on ne sait où, sous mon siège. Je demande à Lambert de stopper le véhicule pour qu’il regarde. Pas d’inquiétude, nous avons juste perdu le bouchon du réservoir, Lambert utilisera son bonnet pour remplacer ce dernier, fallait y penser ! Une petite pause de midi dans un buibui comme il en existe des centaines au bord de la route, puis nous reprenons le cap sans trop trainer. Le chat miaule toujours, tant mieux.

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Enfin, nous passons plusieurs cols dans des vallées recouvertes de rizières et de forets luxuriantes, l’atmosphère y est étonnement semblable à celle des forets thaïlandaises et birmanes. Cette route est longue et sinueuse, mais cela n’empêche pas Lambert de se croire dans un véritable Paris-Dakar. A bien y réfléchir, je n’ai pas le moindre souvenir qu’un autre véhicule nous ait doublé à un moment de la journée. Le seul panneau respecté par tous est cependant « Halte Police », en effet les barrages y sont nombreux, et les contrôles quasi systématiques. Et ce chat qui n’arrête pas de miauler…  Au nombre de crissements de pneus entendus en si peu de temps, je ne m’étonne pas non plus de l’état des pneus. N’empêche, je pense que certains piétons ont eu sérieusement chaud aux fesses. Plein gaz donc, il faut juste accepter l’idée qu’ici, la route n’appartient pas qu’aux conducteurs de véhicules motorisés : il y’a aussi des vélos, des poules, des cochons, des vaches, des charrettes tractées par un humain ou un bœuf. C’est aussi un lieu très pratique pour l’étalage des récoltes de fruits et autres denrées alimentaires. Notons que la route malgache peut facilement servir de terrain de jeux, si l’on en croit le nombre de matchs de foot que nous avons dû interrompre. Désolé les mômes, on ne fait que passer.

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Nous arrivons finalement à Fianarantsoa vers les 16h, soit après 9h de route. Nous traversons cette petite ville très poussiéreuse. Ce soir, c’est nouvel an, et l’ambiance est déjà palpable dans les rues. Nous déchargeons mes affaires devant le petit hôtel réservé pour la nuit, le temps de dire au revoir à Lambert et sa femme qui vont rejoindre leur famille. Je ne connais pas le menu de ce soir, mais en tout cas, je n’entends plus miauler le chat.

Publié dans Les news du projet

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myrellat 04/01/2011 12:23


bonne année et bon courage pour la suite de l'aventure ; car il y a tellement à faire là bas qu'il faut toujours donner le meilleur de soi même , je panse que tu reviendras grandi de cette mission
humanitaire et merci pour mes compatriotes ;


paulette wittmer 03/01/2011 12:44


bonne Année Jérémie, je te souhaite que tout se passe bien et bonne continuation car les gens ont besoin de personne comme toi/
Bisou ta Tata Paulette


Céline et Grégoire 01/01/2011 19:31


Toute la famille suit ton périple avec attention. Papa s'est même acheté un IPad pour suivre tes aventures depuis la forêt. Maman se met à la cuisine épicée pour "se mettre dans le bain" comme elle
dit. Paulette s'est inscrite à un cours de danses traditionnelles malgaches. Quant à nous, on se regarde en boucle les DVD de Madagascar 1 et 2 et cherchons en vain une trace du
dispensaire...bises!


DEHLINGER Laurie 01/01/2011 17:44


Ravie de te savoir sur place
Tes textes et tes photos me donnent l'impression de te suivre dans cette belle aventure. Profites de tous les moments et de toutes les rencontres. En espérant avoir rapidement de tes nouvelles.
Bonne année, et bon voyage.
Laurie


NIRISOA Florence 01/01/2011 12:50


Contente pour cette belle aventure .Il te reste encore des routes à faire pour aller à Andonaka ,mais je suis sur que tu va passer un super moment ,Bonne année 2011 et bonne route