A la rencontre des habitants du Tsaranoro.

Publié le par mada.mitsabo

Mardi 4 janvier

Cet après-midi, je m’accorde déjà une demi-journée de congé (c’est mon deuxième jour au dispensaire, j’en vois déjà qui rigolent…), pour une petite visite des villages alentour. Mon guide s’appelle Jean-Marie, il m’a été vivement recommandé par Odette, que j’ai rencontrée à l’aéroport de Marseille, juste avant le décollage. Je savais que si je lui soumettais cette recommandation, il ne pouvait qu’être flatté et répondre très sérieusement à ma demande. Chose qu’il accepta. Mais ce qui pourrait ressembler à une petite balade digestive est en fait pour moi une réelle opportunité de rencontrer les habitants emblématiques de ces villages. C’est aussi l’occasion de me présenter et d’expliquer aux villageois - que je croiserais probablement plus d’une fois au dispensaire - qui je suis, et pourquoi je suis là. Nous voilà donc partis vers le premier village, Sohavahiny, arpentant les chemins de terre, entre rizières et plantations d’arbres fruitiers. Sohavahiny est un petit village d’une dizaine de maisonnettes qui se ressemblent toutes : des murs rouges ocre construits avec la terre, une porte en bois brut, un toit en paille, une petite fenêtre obturée par un volet en bois. Elles se ressemblent toutes, et pourtant elles ont toutes un charme unique, le genre de charme qui raconte une histoire. Cette teinte rouge ocre, contrastée avec le vert sombre de la végétation environnante… je me laisse inlassablement séduire par ces couleurs, c’est un plaisir à photographier. « L’œil photo ! » diraient certains ! Peut-être, mais il est difficile de ne pas se laisser charmer par de tels contrastes.

Lillu34e premier villageois que nous rencontrons se prénomme Joseph. C’est l’unique forgeron de la vallée. Son père était forgeron, son fils sera forgeron. Joseph, chapeau en paille sur la tête, a une soixantaine d’années, et parle un français très compréhensible. Il tient d’ailleurs à parler français avec moi. Après m’avoir présenté toute sa famille, il m’emmène dans son atelier juste à côté. Il entrouvre une petite porte faite de bâtons de bois et nous voilà dans son atelier, son antre, son jardin secret… un lieu indescriptible. Joseph, d’un dynamisme épatant, me fait visiter ce que j’imagine être sa deuxième maison, comme si nous étions dans un musée. C’est un musée d’ailleurs, « le musée des pièces détachées, qu’on a le droit de toucher et du traficotage», enfin un truc du genre. A l’entrée sur la droite, il a même aménagé des bancs, un panneau y indique : « salle d’attente ». En me montrant son établi, sur lequel reposent des centaines de pièces en métal brut, Joseph m’explique les difficultés qu’il a pour vivre de son métier, le métal coute cher et il n’est pas évident de s’approvisionner dans cette vallée reculée. Il croule pourtant sous le travail et conçoit tout lui-même avec l’aide de son fils : essentiellement des outils pour travailler dans les champs, des herses et des charrues que tireront les zébus, il fabrique même des charrettes ! Il me montre ensuite son invention, celle pour souffler les braises afin d’y travailler le métal : une roue de vélo que l’on tourne manuellement, un système de soufflet, des braises bien chaudes mises au sol… et hop, le tour est joué, il suffit de taper le métal à l’aide d’un maillet. Il en est fier de son invention, et il y a de quoi ! Je reste ébahi devant la magie d’un tel lieu, et l’ingéniosité d’un tel personnage. Cette première rencontre avec Joseph, le géo trouve-tout de la métallurgie, restera un moment mémorable. Il y a des gens comme ça, qui ont l’âme pétillante.

illu40Nous nous dirigeons ensuite vers le village suivant, Vohilemaka. Jean-Marie, casquette blanche sur la tête et pull sur les épaules, m’explique un peu la vie des habitants d’ici. En cette saison des pluies, toutes les énergies sont concentrées dans la culture du riz. Piétinement des terrains, fabrication des terrasses, plantation, irrigation, récolte... Tout le monde participe au labeur. Jean-Marie a 56 ans, il est technicien agricole. Mais avant d’arriver ici, il travaillait au génie civil d’Antananarivo, puis a été militaire dans l’armée rapprochéillu35.JPGe de l’ancien roi. Il enseigne aujourd’hui au Centre de Formation Technique et Tertiaire, à quelques pas de Vohilemaka, que nous apercevons un peu plus au loin. Cela semble lui plaire. Il travaille avec Raymond, son collègue enseignant, que nous rejoignons pour une petite visite des locaux du CFTT. Un tableau noir, des tables d’école en bois. Voilà sa classe, d’une petite dizaine d’élèves. Il me propose de venir le voir la semaine prochaine, quand l’école aura repris, chose que j’accepte bien volontiers !

illu36La visite se poursuit dans le village de Vohilemaka. Nous y rencontrons Raffy, un vieil homme, grand et maigre, au sourire aussi éclatant que sa dent en platine. Raffy est l’ancien roi de la région du Tsaranoro, il a été détrôné par son frère il y a quelques années. Une histoire de maladie, de sorcellerie, et de retour dans la région… que d’histoires passionnantes ! Il m’accueille dans sa maison dans laquelle nous accédons par l’étage, via un étroit escalier en bois. Jean-Marie et Raymond m’accompagnent, car sans traducteur la communication sera difficile. Raffy est assis sur son lit, les mains posées sur ses genoux, tel le vieux sage allant nous raconter une histoire. Il fait sombre, les mouches volent par centaine. On y trouve au mur, en guise de décoration, une serviette de plage Mickey, et des posters d’assortiments de légumes. Dois-je y comprendre un message ? Nous échangeons quelques sujets grâce à nos deux interprètes, sur la météo, ma venue dans la région, la plantation du riz… il semble content de ma visite. Je lui propose de faire une photo de lui avec ses petits enfants, qui n’ont cessé de passer leur tête par la fenêtre de la chambre, durant toute notre visite.

Nous continuons notre balade vers le village d’Andonaka, pour y rencontrer le roi du Tsaranoro, le frère de Raffy donc, qui se prénomme Rambo (à prononcer « Ram’bou »). Le bon roi Rambo, est comme tout bon roi qui se respecte: bedonnant, méprisant, aimant les élogieuses flatteries. « Ôh mon bon roi, comme votre maison est belle avec ces balcons peints en bleu, comme votre troupeau de zébu semble nombreux » En même temps, je ne croise pas des rois tous les jours, j’avoue. Jean-Marie est heureusement là pour traduire, et j’ai même l’impression qu’il en rajoute encore. Et quand arrive l’heure des séparations, une poignée de main en guise d’au revoir (mais n’allant tout de même pas jusqu’au baiser), lui expliquant que j’ai été très honoré de faire sa rencontre, il ne répond… rien. Tout juste un regard. Jean-Marie, un peu gêné, regardant le sol, me répond : « Lui aussi a été très content de faire votre rencontre, et vous souhaite la bienvenue dans le village » Il est fort Jean-Marie, il sait même lire dans les pensées du roi !

Nous finissons notre balade en passant par la petite épicerie d’Andonaka, rendre visite à son tenancier, Péni. Péni est actuellement en vacances, ce qui ne l’empêche pas de garder son épicerie ouverte. Là, il bricole un nouveau mur qu’il fabrique à l’aide de la terre qu’il récupère devant sa maison. Attention aux trous donc. Dans sa petite épicerie de 3 m², il y vend toute sorte de choses : des briquets, des confiseries, du pétrole pour les lampes, des boissons, savons… le nécessaire vital pour les habitants d’un lieu si isolé. La nuit commence à tomber Péni doit aller chercher sa fille qui n’est toujours pas rentrée des champs.

Voilà ce que j’appelle une belle journée. Une insertion inoubliable au cœur de ces petits villages et de ceux qui les rendent si vivants. C’est aussi et surtout ça le plus plaisant de ces voyages, des rencontres, des visages, des émotions, et des partages uniques.

Publié dans Les news du projet

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Francette 14/01/2011 20:45


Que d'émotions Jérémie!
Merci de nous faire vivre, au travers de tes commentaires, ces moments forts et inoubliables.Bisous Mam'